2030 : Les Nouvelles Capitales de la mode

«  La mode est avant tout un art du changement » John Galianno . Et si Galianno avait raison? Depuis 1943, lors de  la création de la press week (fashion week) par Eleanor Lambert les yeux se tournent vers New York. Suivi par Milan, Paris et Londres, les  « Big Four » sont aujourd’hui concurrencés par des outsiders. Si depuis quelques années la mode est à l’éthique, au naturelle ou à la fast fashion, ces nouvelles capitales de la mode sont l’avenir.

FAKE IS THE NEW CHIC

Qui n’a jamais rêvé de parfaire sa tenue par une création unique d’une griffe de luxe ? Alors pourquoi pas à bas prix ? Aujourd’hui, une pièce de luxe coûte un bras, un rein, un poumon et bien que l’idée de s’alléger de quelques kilos avant l’hiver semble sympa, on préfèrerait se faire plaisir avec une belle pièce sans perdre tous ses organes. Alors pour assouvir nos envies, il existe le monde diabolisé du faux made by Alibaba, Facebook, Shein, Tiktok. Une mode à part entière allant de la copie trait pour trait au sac signé « Long Chang » d’Alibaba. Un choix pléthorique à bas coût. Et si les villes , à l’instar des plateformes, se spécialisaient dans les produits de contre-façon. C’est chose faite : bienvenue à Shenzhen dans la province du Guangdong en Chine avec le Luohu Commercial City . Un centre pas comme les autres qui propose une large gamme de produits allant des vêtements sur mesure cousus par des tailleurs aux faux it bad de marque. D’accord me direz vous, mais un billet d’avion pour Shenzhen coûterait le prix d’un sac Chanel ? Alors direction le pays des Nabilla, Jessica, Maéva et autre star de télé-réalité : Dubaï. La ville du luxe connait également son temple du fake : le Karama Market. Vous cherchiez un sac Chloé ? Vous l’aurez ! Ici, le Marcie coute 400 dirhams (94,07 €) au lieu de 6,500 dirhams (1525.77 €). Tentant non ? Des collections qui mériteraient un défilé à la hauteur des maisons qu’elles concurrencent. Coco Chanel disait « Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans les rues » ; rien de mieux donc que la contre-façon pour développer la mode ! Et quand il n’est pas question de copier-coller, il s’agit de changer la manière de consommer. 

Et si on passait au kilomètre O ? Une production locale, une création locale, un designer local …

100% Local

Et si on passait au kilomètre O ? Une production locale, une création locale, un designer local, pouvoir retrouver dans un vêtement l’idée qu’il vient de chez soi. Savoir que mon jean n’a pas fait 65 000 km et a bien plus voyagé que vous en toute une vie. Et surtout, se dire qu’une production locale permettra de diminuer l’émission de gaz à effet de serre qui est aujourd’hui d’1,2 milliard de tonnes par an (étude ADEME). Le 100% local est un choix éthique et éco-responsable que certains créateurs décident de prendre. Des villes ont fait de même ! Il y a 25 ans, Sao Paulo a planté une graine, celle d’une « nature diverse, généreuse et exubérante ». Cette graine, c’est la SPFW (Sao Paulo fashion week). Un arbre solide a poussé, qui transmet tout ce que la culture mode brésilienne a à offrir. Si Léonard de Vinci disait « L’apprentissage est la seule chose que l’esprit n’épuise jamais, ne craint jamais et ne regrette jamais », alors la SPFW l’a bien compris ! Au pays du carnaval le plus incroyable, on ne fait pas les choses à moitié. Aux défilés de mode s’associent des événements rencontres ou l’on peut apprendre à créer une mode durable. Une mode du futur qui est partagée par d’autres capitales telle qu’Addis Abeba. Depuis 2010, sous la houlette du gouvernement Ethiopien, la ville a développé l’industrie textile pour concurrencer les grandes villes dédiées à cette industrie et créé un événement mode local, le Hub of Africa,. Objectif, présenter des créateurs Ethiopiens et Africains. L’une d’entre elle, Ayni’s design, a décidé créer des opportunités d’emploi pour les femmes éthiopiennes et en développant leurs compétences grâce à diverses formations. Une marque durable qui mise sur le naturel. Et quoi de plus naturel qu’un steak Vegan ? 

MADE IN VEGAN

De la pomme, de l’ananas, du raisin … Non ce n’est pas la recette d’une salade de fruit mais bien les nouveaux matériaux qui feront la mode de demain. Et sur le podium des pays végétariens, l’Inde est le grand vainqueur. Comptant 38% de sa population végétarienne, l’Inde a pourtant pendant longtemps été très frileuse à l’idée d’une mode vegan / cruelty free à cause de son attachement à la soie et au cuir. Heureusement, depuis quelques années, le FDCI (Fashion Design Council of India à ne pas confondre avec la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Isère) en association avec PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) développe des événements visant à sensibiliser les créateurs à la mode vegan. En octobre 2021, ces associations sont allées plus loin encore : la FDCI x Lakmé Fashion Week’s Sustainable Fashion Day est né. Une nouvelle version de la Lakmé Fashion week où toutes les créations sont cruelty-free. Et si Mumbai et sa Fashion Week étaient le départ parfait pour une mode vegan assumé et revendiqué de l’Inde. A l’autre bout du monde ça change aussi. Le ville du barbecue est passée au Vegan. A Los Angeles, on ne parle plus cuir on parle alter-cuir. Lancée depuis 2018 la vegan fashion week prend de l’ampleur. « Je veux être un vecteur de changement pour protéger notre planète et ses habitants, humains et non-humains. » voilà les mots de sa fondatrice, la française Emmanuelle Rienda. Et lorsque le défilé se termine sur une somptueuse robe de la marque de luxe Benedetti Life, on se dit que la mode Vegan va très vite faire de l’ombre à la mode traditionnelle. 

2030 accueillera-t-elle de nouvelles capitales de la mode ?  Les big Four seront-elles toujours les villes lumières ? Les paris sont lancés !

Ecriture et Illustration

Anne-Claire Desachy